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Christian Levrat: «Les conséquences des décisions politiques doivent être prises en compte»

Christian Levrat souligne que les décisions politiques doivent être mûrement réfléchies afin d'éviter des conséquences à long terme pour la Poste.

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  • Silvana Grellmann|Porte-parole|08.09.2025Temps de lecture 5 minutes
© La Poste Suisse

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L’avenir de la Poste fait actuellement l’objet de vifs débats au Palais fédéral. Que pensez-vous de ces discussions?

Il est juste et indispensable qu’il y ait une discussion sur l’avenir de la Poste. Les vents contraires sur le marché sont forts – notamment en raison du recul du volume des lettres, de la situation des taux d’intérêt pour PostFinance ou de la volatilité de la situation internationale. Avec notre stratégie «Poste de demain», nous avons accordé aux responsables politiques le temps nécessaire pour poser les bases légales du service public après 2030. Il est désormais temps d’agir. La Poste est l’une des rares entreprises postales en Europe à ne percevoir aucune aide financière pour remplir un mandat de service universel aussi étendu. Si l’on souhaite continuer dans ce sens, ce que je souhaite personnellement, il faut une discussion ouverte sur l’adaptation du service universel et sur la marge de manœuvre de la Poste sur le marché.

Outre le fait d’être l’une des rares entreprises postales d’Europe à ne bénéficier d’aucun soutien financier, la Poste est également soumise aux prescriptions les plus strictes en matière de mandat de service universel en Europe…

Oui, le compte n’y est pas. En effet, si l’on compare avec le reste de l’Europe, la Poste suisse doit également composer avec les restrictions les plus sévères en termes de liberté d’action. Il nous faut donc discuter sérieusement des limites du service universel et de la marge de manœuvre de la Poste. En d’autres termes: il est indispensable et juste d’avoir une discussion sur le sujet, mais elle doit aller plus loin qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent.

Mais plusieurs responsables politiques voient les choses d’un autre œil, pour certains, suite à la communication du Conseil fédéral, pour d’autres, c’était déjà le cas avant cette communication, et ils demandent à présent à ce que la Poste agisse dans un cadre plus étroit. Que pensez-vous de ces propositions? Vous agacent-elles?

Non, ces propositions ne m’agacent pas, mais certaines m’inquiètent – notamment les décisions de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national (CER-N). La Commission souhaite restreindre la liberté entrepreneuriale de la Poste de telle sorte que nous devrions quasiment nous limiter au service universel. Mais, à aucun instant, elle n’évoque la question du financement de l’ensemble. Les coûts relatifs à la fourniture du service universel s’élèvent à environ 360 millions de francs par an – et tendent à augmenter, qui plus est, rapidement. La réglementation actuelle stipule que la Poste doit assumer elle-même ces coûts. Il y aura forcément des conséquences dans le cas où nous ne pourrions pas utiliser les bénéfices issus de la libre concurrence pour financer ce mandat de service universel. En effet, nous n’aurons alors aucune solution pour financer les filiales de la Poste, le trafic des paiements, ou distribuer le courrier dans des endroits isolés. Il faut en tenir compte dans la perspective globale. 

C’est-à-dire?

J’essaie simplement de montrer qu’il existe un lien étroit entre les prestations de la Poste et leur financement. Si ces propositions sont acceptées, le service universel ne sera plus financé, la Poste ne pourra plus s’autofinancer et ne pourra donc plus verser de dividendes à la Confédération. Il me semble donc important de considérer les conséquences des décisions politiques. 

Vous voulez donc pouvoir continuer à «brouter» librement sur les autres marchés comme le disent les critiques?

Non. Depuis sa création, la Poste ne peut opérer que dans quatre secteurs: la communication, la logistique, le trafic des paiements et la mobilité. C’était ainsi jusqu’à présent et cela doit le rester si nous voulons continuer à jouer un rôle dans le quotidien de la population. Le monde change – la Poste doit évoluer avec lui. Autre point qui me semble important: notre priorité actuelle est d’intégrer les entreprises rachetées. Nous disposons des compétences et des technologies de différentes entreprises que nous positionnons au sein de la Poste telles des pièces de puzzle afin de rester rentables et pertinents. 

Parlons à présent de PostFinance: vous avez plaidé en faveur de la levée de l’interdiction pour PostFinance d’octroyer des crédits et des hypothèques – un sujet qui, pour le moment, n’intéresse plus du tout les responsables politiques. Est-ce aussi le cas pour vous?

Absolument pas. C’est le moment idéal pour mener une discussion à ce sujet. Le Parlement a refusé de lever l’interdiction d’octroyer des crédits et des hypothèques il y a quatre ans, car il ne voulait pas considérer le sujet de manière isolée, mais dans le contexte global de la Poste du futur. Nous y sommes: il est temps d’aborder les possibilités de financement de la Poste. PostFinance est aujourd’hui contrainte d’investir des milliards de francs à l’étranger plutôt qu’en Suisse.Nous devrions discuter des possibilités de financement des entreprises. Je suis certain que cela serait dans l’intérêt de nos PME.